Cela fait plusieurs heures que tu piétines dans ce salon de l’Habitat. Curieusement, dans ce temple du confort moderne, tu ne trouves aucun lieu où t’installer. Quand tout à coup, tu la trouves, elle est là, la chaise providentielle, celle qui n’est pas à vendre, celle qui t’attend depuis toujours, celle dont l’assise est directement le négatif de la forme de ton siège. Tu vérifies qu’aucun commercial n’est à l’affût de cet éventuel leurre. Non, cette chaise est innocente et ne veut que ton bien. Les douleurs que tu ressens aux mollets te rappellent ce semi-marathon que tu n’as pas terminé, la faute à ces secouristes de la Croix-Rouge qui t’ont embarqué au cinquième kilomètre. Tu te décides avant qu’il ne soit trop tard, et tu te lances à l’assaut de ce lieu de répit pour tes cannes . Ça y est, tu t’assieds, et tu te relâches, tu entres dans un état de transe jubilatoire et te prépares à observer les autres cons du salon dans une situation agréable. Quand tout à coup, un tressaillement te saisit au niveau de l’assise. Cette chaise si accueillante semble posée sur trois pieds. Elle en avait pourtant quatre au moment où elle te toisait du regard. Tu cherches à rester digne, tu compenses, tu stabilises ta posture dans un gainage méthodique. Tu cherches à retrouver de l’aisance sur ce bout de bois fatigué. Ce support au repos se montre assez exigeant, chaque relâchement amenant une secousse sur un côté et un choc contre le sol. Tu ne veux pas pour autant laisser ta place à un autre, sachant que pour atteindre la sortie du salon tu devra parcourir les cinquante mètres bondés de la galerie principale à l’allure de ton dernier pèlerinage à Lourdes. Tu travailles ton équilibre et trouves enfin le point parfait où la chaise ne bascule ni d’un côté ni de l’autre. Tu te fixes sur ce point, entre en auto-hypnose, ne fais qu’un avec la chaise. Le moment de grâce est là, dans une harmonie parfaite qui te fait oublier le bruit ambiant du salon. Tu penses vivre le meilleur moment de ta vie, la plus grande de tes réussites. Tu fais preuve d’une maîtrise de ton corps digne d’un grand maître bouddhiste. Ce moment de grâce suspend le temps, et tes jambes te disent merci. Quand tout à coup une main se pose sur ton épaule. Tu perds immédiatement ton point d’équilibre et retombes brutalement dans l’ambiance du salon. Le type devant toi te demande si tout va bien. C’est l’agent de sécurité. Et c’était sa chaise.

La Chaise bancale
Cela fait plusieurs heures que tu piétines dans ce salon de l’Habitat. Curieusement, dans ce temple du confort moderne, tu ne trouves aucun lieu où t’installer. Quand tout à coup, tu la trouves, elle est là, la chaise providentielle, celle qui n’est pas à vendre, celle qui t’attend depuis toujours, celle dont l’assise est directement…
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