Elle attend son bus.
Il ne vient pas. Elle attend le suivant.
Il ne vient pas non plus. Elle attend le lendemain.
Elle attend son mari.
Il est parti chercher du pain.
Elle attend une heure. Puis une journée. Puis une décennie.
Le pain moisit avant lui.
Elle attend ses enfants.
Ils ont promis de venir déjeuner dimanche.
Elle attend le dimanche. Puis le suivant. Puis tous les dimanches.
Le poulet se fossilise dans le four.
Elle attend ses règles.
Puis elle attend sa ménopause.
Son corps ne dit rien.
Elle attend son courrier.
Une lettre, une facture, même une pub.
Elle attend longtemps.
Quand le facteur sonne enfin, c’est pour lui remettre son avis de décès.
Elle attend la fin du mois.
Elle attend que ça aille mieux.
Elle attend une augmentation. Un miracle. Une excuse.
À la place, elle reçoit des rappels. Et elle attend encore.
Elle attend ses vacances.
Elles sont annulées.
Puis reportées.
Puis oubliées.
Alors elle attend sa retraite.
Elle attend, assise sur sa chaise.
Elle attend tellement qu’on la prend pour une statue.
On la laisse là.
Et le musée ferme.


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