L’art de ne rien faire avec ponctualité

Aujourd’hui j’ai décidé que je mettrais un réveil toutes les dix minutes pour me rappeler que je n’ai absolument rien à faire, et du coup je le fais.

Aujourd’hui j’ai décidé que je mettrais un réveil toutes les dix minutes pour me rappeler que je n’ai absolument rien à faire, et du coup je le fais. Le premier son me réveille avec une urgence ridicule : “Tiens-toi debout, rappelle-toi que tu n’as rien à faire !” Je regarde l’heure, je soupire, et j’appuie sur “snooze”, parce que même les réveils absurdes méritent un peu de clémence.

Dix minutes plus tard, le deuxième réveil sonne. Il est plus autoritaire que le premier, comme s’il avait suivi un cours de leadership pour réveils inutiles. Je me lève quand même, me gratte la tête, et je note mentalement que je n’ai vraiment rien à faire. Le troisième réveil arrive avec un son différent, plus aigu, presque moqueur. Il semble me dire : “Vraiment ? Toujours rien à faire ? Tu es sûr de toi ?”

Chaque réveil suivant devient un personnage. Il y a celui qui sonne comme une alarme de vaisseau spatial, celui qui fait “ding-dong” comme une sonnette de concierge en colère, et celui qui grésille à moitié, comme si sa vie entière était une métaphore du temps perdu. Je commence à organiser une chorégraphie : à chaque son, je bouge d’un pas, je change de position sur le canapé, je respire profondément et je répète mentalement que je n’ai toujours rien à faire.

Au bout de quelques heures, la maison entière semble participer. Le frigo frissonne comme s’il approuvait, le chat me fixe d’un air confus et les murs vibrent légèrement au rythme des réveils. Je prends un carnet et commence à noter : “Réveil n°12 : j’ai respiré en diagonale. Réveil n°13 : j’ai cligné des yeux trois fois de plus. Réveil n°14 : j’ai touché mon nez.” Chaque action est absolument inutile, mais étrangement satisfaisante.

À la fin de la journée, je n’ai pas avancé sur un seul projet, je n’ai rien nettoyé, rien organisé, rien planifié. Mais chaque réveil m’a rappelé avec une précision mécanique et insistante : “Tu n’as rien à faire. Et c’est parfait.” Et je me rends compte que cette absurdité totale, ce ballet de sonneries et de gestes inutiles, a créé quelque chose de précieux : un moment de chaos parfaitement maîtrisé où ne rien faire devient un art.


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