tiens toi s’en à un seul sujet stp
non
je vais te parler d’urbanisme tactique de comment les gens désobéissent inconsciemment à chaque fois qu’iels prennent un trajet non dessiné dans un parc
conçu par la ville parce que leur intuition est plus affutée
/qu’iels savent où iels vont
/que leur temps est précieux
nous ne sommes pas des rats de laboratoire dans des dispositifs urbains labyrinthiques et anti-humains
je vais te parler de comment le cerveau réorganise les tâches constamment au fur et à mesure que se développe le contexte devant toi
qu’à chaque fois que tu fais un choix ton cerveau se mets à jour et refait un ordre des priorités sur les décisions à prendre – même si c’est un stimulus qui t’as déconcentré de ta tâche principale
le noumène est plus fort que nous
je vais te parler de l’importance de ne pas finir – tes phrases, tes idées, tes regards, tes projets, ta journée de travail, ta longueur dans la piscine, ton conflit absurde avec un·e ami..e, ton trajet en voiture pour éviter toujours plus de trafic – par contre il faut que tu finisses ta sieste et ton assiette : c’est une absolue nécessité (si tu ne finis pas ton assiette le frigo est ton meilleur ami)
je vais te parler de mon envie d’aller en Nouvelle-Zélande depuis 10 ans, mais je n’ai toujours pas trouvé le temps nécessaire de le faire – je mourrai peut-être avant de m’y rendre
je vais te parler de la mort, puisque mon cerveau l’a fait remonté à la surface, de savoir qui est la prochaine personne sur la liste dans les gens que tu aimes ou que tu connais – la vie est un épisode de Six feet under où tout le monde finit par y passer
je vais te parler de l’importance d’avoir des moments étranges avec des gens que tu ne connais pas – ce sont des moments dont tu te rappelleras toute ta vie
je vais te parler du fait que j’ai appuyé sur une touche de mon clavier qui a fait quelque chose que je n’ai jamais vu avant (une image avec un 1-2-3 est apparu – c’était peut-être un détonateur que j’ai activé)
je vais te parler des fontes d’écritures inclusives et post-binaires sur lesquelles j’obsède depuis les derniers temps (by the way on dit »police » d’écriture mais ACAB,
alors je préfère utiliser le penchant »fonte » à partir de maintenant) – parce qu’elles sont magnifiques et révolutionnaires
je vais te parler du fait que mon chat ne vomit jamais une seule fois – il faut toujours qu’elle le fasse en deux étapes (son record c’est quatre, même si après une fois il n’y a qu’un petit filet de bave – et parfois c’est sur le tapis de bain)
parfois je pense que je devrais garder en tête que tout ce que j’écris s’adresse à quelqu’un, ça m’aiderait à écrire plus souvent et de
manière plus concise
je te dis tout ça pour t’expliquer pourquoi je n’écris pas : c’est toujours quand je suis loin d’une feuille de papier ou d’un ordinateur que j’ai le plus envie d’écrire, les idées ruminent, ça me semble génial, je suis à vélo, à pied, en train de lire dans un café, mais quand je reviens chez moi mon cerveau ne veut plus rien savoir, la machine s’éteint et toutes ces idées brillantes disparaissent dès que j’allume la lumière – peut-être qu’il faudra écrire dans le noir, prendre le temps de m’arrêter dès que des fragments surgissent et titillent mon imagination, sauter sur un bout de papier ou une facture qui traîne (#emilydickinson) ou encore enregistrer mes idées par message vocal
je cours toujours après l’écriture et quand je l’attrape, plus rien n’est clair, tout fout le camp, mes idées s’éparpillent, je me sens nul et je me demande pourquoi je n’écris pas.


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