Bancale chaise est.
Banal n’est pas bancal,
Bancal n’est pas banal.
Bancal, n’est pas un lac,
Baïkal, l’est !
Bancal n’est pas d’aplomb.
Bancal est incongru.
Le mot bancal boitille
Le mot bancal titube
Bancal a deux syllabes brutes
Et abruptes qui le font tournoyer.
La chaise bancale gigote
La chaise bancale ôte peu à peu
A la perspective
Toute son horizontalité
Et sa banalité.
La chaise de Van Gogh
S’affiche sur un mur
Dans un tableau de Van Gogh
Dont elle prend possession.
La chaise de Van Gogh
Devrait être considérée, reconsidérée
En tant que chaise banale,
En tant que chaise peinte plate banale
En tant que plate peinte chaise banale,
En tant que chose inerte,
En sa toute puissance,
Sa toute pleine immobilité.
La chaise de Van Gogh est morte,
De sa nature, morte.
Morte pour que tchi,
Morte pour un rien
Pourtant, nos regards vacillent
La ressuscitent, la réaniment
Puis la font basculer.
La chaise de Van Gogh
Renvoie à cette bancalité
D’humains, d’animaux humains,
D’animaux humains branques,
Branquignols inhumains
Que le réel amène, lui qui l’est si peu,
A tant boitiller, s’égarer,
Se perdre et toujours douter.
Douter même de leur pesanteur et verticalité,
Verticalité même,
De leur présence au monde,
Verticalité d’Homo,
Homo Sapiens Sapiens
Erectus Erectus.
La chaise de Van Gogh flamboie de tout son jaune paille.
Si bien qu‘on en oublie qu’elle puisse être bancale.
La chaise de Van Gogh n’est peut-être pas bancale
C’est le sol de tommettes qui peut être inégal.
Dans sa vie de chaise, de chaise pas banale
La chaise de Van Gogh peut nous sembler bancale.
Sa profondeur de champ, arêtes et lignes de fuites
L’invitent à se déplacer tout autour de la pièce.
Elle claudique en effet et supporte une pipe
Sous laquelle n’est pas écrit : « ceci n’est pas une pipe ».
La pipe a pu emboucaner tout l’air de cette pièce,
Ouïr tant d’histoires, des histoires de peintres
De peintres ivres de vins, de couleurs et d’ivresse.
La chaise de Van Gogh ne nous en dit pas plus
Et ne pipera mot des joies et des douleurs
Des peintres ivres de vins, de vents et de couleurs.
Radieuse, ravie, rêveuse, irradiée
Irradiant en sa paille, le silence d’une huître,
La pipe de Magritte n’est pas une vraie pipe.
L’urinoir de Duchamp n’est plus un urinoir,
La chaise de Van Gogh conserve le mot chaise
La pipe sur la chaise fait l’effet d’une pipe,
D’une pipe en plein jour et aussi dans le noir,
Une pipe qui claudique assise sur une chaise.
Chaise de paille, curieux nid à pipe.
Pipe qui fume et qui flamboie
Telle la paille sous la pipe.
La chaise de Van Gogh n’est peut-être pas bancale
C’est le sol de tommettes qui peut être inégal.
La chaise de Gauguin est loin d’être une chaise.
Elle tient plus du fauteuil, du fauteuil
A bras, cadabrant, cadavrés et mutiques
Qui porte sur son dos
Une bougie allumée si phallique.
La chaise et le fauteuil ont vécu des histoires,
Des soirées agitées d’ivrognes, d’ivrogneries,
Des histoires de culs brûlés sur une chaise,
D’oreille ensanglantée posée là dans l’Histoire,
Ensanglantant la paille qui elle effrontée, rit.
Rit de tout son osier et non riz de sa paille,
Rit de toute la supposée bancalité
Dont on a pu l’affubler.
C’est ce rire à lui-seul
Qui dans sa toute hystérique hilarité
L’amène à tituber
Et paraître bancale.
La chaise de Van Gogh n’est peut-être pas bancale
C’est le sol de tommettes qui peut être inégal !
Bancal, n’est pas un lac,
Baïkal, l’est !

Bancale chaise est.
Un poème qui ne sait jamais si c’est la chaise qui est bancale ou le sol et qui fait vaciller jusqu’à convoquer tout un musée.
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